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31.01.2008

Mon dernier livre lu : la voyageuse de nuit

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Secouant ma grand flemme, je me décide de poster avant la fin du mois. Mais je n'ai pas chômé.
78d04f8be6a67617a59c5d4a9e2f0e92.jpg Grâce à France-Loisirs.



"'La voyageuse de nuit", de Françoise Chandernagor, évoque l'histoire d'une femme qui meurt, longtemps, dans un mouroir de luxe entourée, alternativement, de ses quatre filles.
Quatre filles, différentes, ayant aimé leur mère de façon différente. Qui les a aimées d'une manière... différente. Allant jusqu'à leur donner des étiquettes "la plus belle"... Étiquette changeable selon l'âge et les événements.
La mère, Olga, a eu une forte influence sur les filles. Elles finiront, après la mort de celle-ci, par prendre conscience des choses et devenir enfin des sœurs plutôt que les filles de leur mère.
Ce n'est pas exactement un roman (si proche du réel qu'on le croirait autobiographique) sur la mort. Le coup de vendre la maison, vider les meubles, les pièces, trouver des secrets, tout le monde connaît ça. Le détail des couverts, des assiettes, nous rappelle plein de choses. On se croit chez soi, dans le livre.
Katia, l'aînée est écrivain et ce n'est pas difficile de suivre son journal (en quelque sorte). Celui-ci est coupé par des pages avec le prénom de chaque sœur, selon ce qui se passe. Avec un caractère d'imprimerie différent du récit de Katia. Lisa, l'Australienne, tellement fragile, Sonia l'alcoolique qui finit par perdre son boulot, Vera, la rigide, qui commande, et cache ses secrets aux autres. Le récit pour chaque soeur est anecdotique, un peu psy, ne juge pas, semble comprendre. Ce n’est pas Katia qui écrit. J'ai été prise par toutes ces pages au milieu des soeurs. Pensé à moi, mes soeurs. Forcément.
Non, ce n'est pas l'histoire d'une morte, mais l'histoire de toute la famille qui commence avec les grands-parents maternels, dont Micha le grand-père d'origine russe fut l'élément principal. Tout au moins d'influence. Réfugié dans la Creuse, il formera avec Solange la Creusoise un couple où il fut le héros. Le couple n'aura qu'une seule fille, Olga, la mère des quatre. Olga, qui se meurt sur un lit dans une chambre rose. Solange fut une vraie grand-mère Creusoise, mais elle eut un rôle falot et effacé. Tandis que la fille, même si elle ne fit pas de grandes études, avait un sacré tempérament. Il y en a souvent une comme ça dans les familles. A ce point, peut-être pas.
La mère éleva ses filles un peu à la matraque si j'ose dire. L'exemple en serait sur l'empêchement de se plaindre de la douleur inculqué aux filles en leur parlant des pauvres enfants malades qui ne se plaignaient jamais. Une image qui eut la vie dure. Du coup, les soeurs furent plus que stoïques lors des vaccinations et des incidents physiques que connaissent tous les jeunes enfants. Et bien après également.
Moi aussi, j'ai vécu le stoïcisme lors des vaccinations quand j'avais 6 ans. Jusqu'à dire que j'avais pas eu mal. Et puis, cela m'a ouvert des horizons sur ma propre éducation et celle que j'ai infligée à mes enfants. Pauves enfants. Ce livre m'apprend, mais c'est trop tard.
Je me rends compte que ces filles devenues "quinquagénaires" ont eu à faire "avec". Cette éducation à la dure n'a pas donné que du bon. A personne. Je rappelle l'alcoolique, la fragile, la rigide et la sensilble qui est l'écrivaine qui jongle avec tout ça.

Si je dis : Le père est souvent absent, je n'étonne probablement personne, mais on apprend pourquoi à la fin du livre. Ce qui provoquera une certaine révolution chez les filles.

Les petits enfants (des garçons) ont l'air de sauver le "tout ça" en étant de bons enfants, des petits-enfants respectueux et attentionnés, et en vivant mieux leur vie.

Pendant tout ce temps-là, l'aïeule et mère ferme les yeux sur tout, la vie et la famille, tout en se gardant bien de mourir trop vite. Pourquoi ? On l'apprend à la fin.

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J'ai bien aimé le livre. Non, j'ai bien vécu pendant que je lisais le livre. Paisiblement, tranquillement. Arrêtant à chaque fin de chapitre (qui n'est jamais long) remettant au lendemain de lire la suite.
Le père, même s'il est Breton, ne m'est pas très sympathique. Banal, je dirais. Egoïste certainement.
La mère, sans être sympathique, force l'admiration. Je sais qu'il existe des phénomènes pareils. Ses filles l'admiraient, c'est certain. Enormément. Obligé.

Je crois que la mort ne les libéra pas vraiment. Elles furent obligées d'évoluer, mais certaines furent traumatisées par la fin de cette "parenthèse" autour de la mourante. Elles avaient cessé de vivre complètement leur vie. Elles étaient suspendues au souffle d'elle. Elles avaient, enfin, de petites relations de soeurs qui devinrent importantes, après. Lisa, l’Australienne, et sa tentative de suicide donna l'occasion à Katia de la chouchouter et de la prendre dans son moulin de la Creuse. 35eb4d7501d6bfcd16371e755b13179a.jpg
Le livre finit bizarrement, laissant au lecteur le loisir d'imaginer la suite. Je pense. Sinon, je ne comprends plus rien. A rien. La mort ? Pas grave. La vie ? Pas toujours facile. En fait, on choisit pas. Le hasard décide pour nous. Si on ne choisit pas pour lui.

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A part ça, je vais bien. J'ai mon livre de Aïvanhov avec des pensées quotidiennes, et la pensée qu'en mars c'est le Printemps des Poètes".
Vivons !

17.01.2008

Un poète parle

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Suite aux propos tenus par le Président Sarkozy sur les religions, j'ai reçu un mail (genre circulaire) venant d'une personne que je connais dans le but de critiquer la chose. J'aime pas trop ça. Je n'ai besoin de personne pour savoir ce que je dois penser sur l'actualité.

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Je connais un poème, depuis très très longtemps, et il me plaisait bien. Charles Péguy dans "Dieu parle".

C'est embêtant, dit Dieu. Quand il n'y aura plus ces Français,
Il y a des choses que je fais, il n'y aura plus personne pour les comprendre.


Peuple, les peuples de la terre te disent léger
Parce que tu es un peuple prompt.
Les peuples pharisiens te disent léger
Parce que tu es un peuple vite.
Tu es arrivé avant que les autres soient partis.
Mais moi je t'ai pesé, dit Dieu, et je ne t'ai point trouvé léger.
O peuple inventeur de la cathédrale, je ne t'ai point trouvé léger en foi.
O peuple inventeur de la croisade, je ne t'ai point trouvé léger en charité.
Quant à l'espérance, il vaut mieux ne pas en parler,
Il n'y en a que pour eux.



J'ai toujours trouvé ce poème d'un humour léger, bizarrement. Ces sacrés Français, qu'est-ce qu'on les aime !

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16.01.2008

Star Ac en vrac

Lundi fut très beau, mardi pas terrible, et aujourd'hui le soleil me donne envie de tapoter sur mon clavier. bd8d0c6efafa554114a4897b7e4bf628.gif

Je suis (suivre) la Star Ac depuis presque le début, à l'époque où les autres chaînes critiquaient abondamment le programme. Je n'avais pas mis mon nez dedans ni mon oeil dessus, alors j'ai testé. Je suis restée pour des tas de questions personnelles. Plus tard, j'ai adhéré à "Nouvelle Star" à cause de ma petite fille qui avait passé la soirée avec moi et qui voulait regarder. J'y suis restée aussi. A part la mémoire qui pourrait faire défaut, je suis incollage sur tout ça.

Et puis, il y eut 2007. Heureusement, ou malheureusement, j'avais appris entre temps à cliquer sur les articles ou blogs sur Star Ac, et puis... J'ai été ravie de trouve "Le blog perso de Hoda" dans SPACES de WINDOW LIVE, exactement http://staracademy2007.spaces.lives.com/
Hoda, c'est la petite puce qui chantait et bougeait si bien dans la Star Ac 2004. Avec Grégory Lemarchal. Quelle belle année, en fait. 12f2d3a4d1d334f066a953d4f50efd4e.jpg

Elle écrit avec son coeur et ne ménage pas sa plume. C'est un très grand plaisir d'entrer dans son blog. On n'est pas déçu, et elle ne pratique pas la langue de bois.

Et puis, je suis tombée dans un blog qui m'a mise dans tous mes états bien souvent, parce que c'est bien écrit ( avec humour au départ) mais beaucoup de fiel et pourquoi pas de méchanceté pure (si ces deux mots peuvent s'entendre. Les billets sont de pire en pire, pour moi. Quand je les lis je me sens si mal... après. Et compte tenu que les commentateurs lui font des compliments, et qu'ils sont de plus en plus nombreux, tout en débitant des horreurs sur le programme et tous ceux qui y vont. Compris les chanteurs invités qui ne plaisent pas à Monsieur K. M. Nom d'un chat ! 473686726f657c60ce72db279cc07660.jpg

Je suis déçue par ça. Le fait que quelqu'un déchaîne des monceaux d'ordures sur Internet qui a, malheureusement, beaucoup de mémoire. Que pensent les familles de ceux qui sont insultés. Horreur de chez horreur ! f00eb501a49223a3fcc7f8dc442503d8.jpg J'aimerais mieux revenir dans mon passé de gens pas évolués, si c'est pour s'enfoncer dans une époque de folie. On était peut-être bêtes dans le temps, mais tellement respectueux d'autrui. Faire de l'humour à deux balles, pas terrible. Se réjouir d'avoir plein de commentaires, si c'en est des comme ça, non merci.

Je ne pense pas être "Tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil". Pas du tout. Mais utiliser les mots pour faire du mal, non, je ne suis pas d'accord.

Je sais, je ne suis pas parfaite ! A plus ! Je préfère dormir, tiens ! 7b9c8cbef3ab83ee8afbb8d973673786.jpg

13.01.2008

Les greffiers et moi

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J'ai promis de donner la partie du livre "le merle" d'Arthur Keelt sur les chats. Très drôle.

ad784a2c3bc55e13998db9cc5f5a29d3.jpg Pendant ce temps-là, le mien de greffier il pense, se lèche, prend sa place sur le canapé (son canapé).
J'aime les chiens, mais je suis fan de mon chat. Je n'imagine pas le quitter ou bien qu'il me quitte. Le jour où il est resté coincé dans l'escalier après que j'étais descendue chercher mon journal a été incroyable.
Deux ou trois heures après la descente de l'escalier, je trouvais que l'appartement était étrangement calme. Je cherche le matou partout, j'appelle, j'angoisse.
Puis, je me souviens. J'avais laissé la porte d'entrée ouverte. Le chat est peut-être parti faire un tour dans l'escalier. Je sors, j'appelle, je descends, je monte un peu. Rien. Finalement, je monte un demi-étage supplémentaire et je trouve mon oiseau ratatiné entre deux étages, les yeux écarquillés, sans dire mot et me regardant en tremblant.
Je prends mon bestiau dans mes bras et je le ramène à l'appart sans autre forme de procès.
Je me suis dit qu'il n'était pas prêt de récidiver. J'ai eu raison, un certain temps. Il y a peu de temps, je l'ai vu partir du coin de l'oeil. En revenant avec le journal, je l'ai appelé et j'ai entendu des hurlements désespérés. Cette fois il était monté tout en haut et ne reconnaissant rien, il était affolé et m'appelait probablement à son secours. Bizarre, le mec. 2ff6b524172e041963ff3b2093e7fb8f.jpg


LES CHATS : Bonne lecture !

Il y a toujours un greffier dans les parages littéraires, un de ceux qui roupillent sur les pages récemment noircies ou qui, de la patte, mélangent les feuilles, quand ils ne piétinent pas les touches de l’Underwood en poursuivant un papillon. C’est bizarre, mais le chat ne rend pas l’auteur plus humain, plus mystérieux ou plus bouddhiste. Il le rend surtout un peu gnangnan et crétin, un peu pépé et tellement archétypal qu’on a toujours envie de découvrir des écrivains, philosophes ou poètes vivant et écrivant à côté de limaces, d’iguanes ou de boucs grondants. Heureusement les chats passent parfois le miroir et deviennent de vrais héros traversant le temps. Le chat du Cheshire évidemment, sans doute le plus intéressant, avec son sourire qui disparaît en dernier, ou bien ceux de la petite Française Colette, plus ennuyeux, aspergés par la lumière passant entre les pampres de la vigne.
Certains, en mourant, provoquent de beaux essais, tout en émotion contenue, souvenirs de frasques subliminales, tristesse et mauvaise conscience, déclarations tardives d’amour total et conneries du genre : Ah, si l’humain pouvait ressembler au félin ! Plus de guerres, que du roupillon, du sexe et de la chasse. Sans parler de toutes ces circonvolutions sémantiques tendant à prouver que la cruauté du chat est naturelle, que son dédain est aristocratique, que sa propreté est proverbiale, que sa résistance est extraordinaire. Bref, le chat est fictionnellement assez gonflant. Heureusement, on le sait depuis la Grande Guerre, sa chair ressemble à du lapin, alors que celle du rat est dégueulasse. Moi, je ne suis pas tellement chat dans l’ensemble. Pas plus chien, d’ailleurs, et encore moins cochon d’Inde. Je serais plutôt mite ou araignée de maison.
Simone ! (Toutes les araignées de la maison s'appellent Simone).
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Certains d’entre les minous m’intéressent néanmoins et me rendent un peu chèvre. Beaucoup sont hystériques. D’autres pisseurs ammoniacaux. Je me méfie de leur égoïsme permanent, de leur plaisir inouï à torturer les passereaux et musaraignes, de leur hypocrisie lamentable quand vient l’heure de la soupe et, en tant qu’asthmatique, de leur réalité allergisante.
Mais il y a une lecture d’enfance. Une des premières. Une lecture fondatrice. Il y a Belzébuth. Déjà, avec un nom pareil… Noir, il me semble. Gascon d’adoption. Un chat symbole du temps qui passe.  Un non-personnage, simple moteur d’un temps de récit, celui du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Le grand avantage de ce chat, de ce personnage, c’est que l’auteur ne nous bassine pas avec lui. Son maître l’abandonne au début du roman et le retrouve à la fin, découvrant que le chat l’a attendu tout un texte pour mourir.
On ne sait rien de lui. Son maître fait du théâtre ambulant, tombe amoureux, s’escrime et se venge, mais, le chat, rien. Etait-il mousquetaire ou pilier de cheminée ? Miauleur ou ronronneur ? Père de combien de petits belzébuths ?
C’est en l’enterrant que Sigognac trouve le trésor qui lui assurera enfin des jours heureux. Du coup, j’ai toujours enterré les chats qui ont quelquefois partagé ma vie, mais jamais je n’ai trouvé le pactole dans la terre un peu gluante du jardin de Graz. Sans doute que le seul « trésor » déterré, c’est le souvenir précis que j’ai de ce livre merveilleux et du ravissement en le lisant. Un des plus grands trésors du monde. Comme quoi…

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04.01.2008

Un cadeau

Je me suis offert un livre par Internet. Le merle d'Arthur Keelt.

Je l'avais trouvé par hasard sur un rayon de ma bibliothèque de quartier. J'aime bien faire ça.
Je l'ai lu avec grand plaisir.

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J'ai aimé cet homme (Arthur Keelt) pour son humour et sa façon d'écrire tellement sympa. Trois niveaux d'écriture. Le récit (genre fantastique), les pensées délurées en italique et décalé, et les explications genre dico (c'est moi qui dit ça) dans une autre écriture en décalé.
J'ai relevé la partie sur les bibliothèques, mais je garde en réserve ses élucubrations sur les chats, pour une autre fois. Quand je parlerai du mien de chat.

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Le Merle de Arthur Keelt
traduit par Jean-Bernard Pouy


Exception faite de ses essais de linguistique, pratiqués seulement par les érudits, la gloire d’Arthur Keelt (Klagenfurt, Autriche, 1902 - Paris, 1982) tient à cet unique et bref récit, Le merle (Die Amsel), écrit en 1954 dans les montagnes de Styrie et publié à Innsbruck.
Le livre a fait l’objet d’une première traduction française en 1968, puis il a disparu, au grand dam des lecteurs éclairés.
Le merle est-il une chronique autobiographique ? Comme le souligne Jean-Bernard Pouy, son nouveau traducteur, il convient plutôt de parler de « récit voltairien », même si son auteur en est le personnage central. Arthur Keelt se voulait un bouddhiste atypique. Peut-être doit-il à cette disposition d’esprit une écriture toute de simplicité et qui parfois atteint à la grâce, ainsi qu’une rare hauteur de vue (2277 m).


Un extrait, en cadeau.

LES LIBRAIRIES :
Il y a au moins une boutique que les bandits n’attaquent jamais,
Ou alors ça ne se dit pas

C’est la librairie. On me rétorquera illico que c’est normal, il n’y a pas beaucoup d’argent dans les caisses, et le livre, les livres, c’est lourd, plus que les bijoux, c’est encombrant à déménager, comparé aux billets de banque. Mais, bon, tout ça ressemble fort à de faux arguments. Trois ou quatre lingots doivent peser à peu près autant que deux ou trois livres d’art sur Rubens ou un manuel de recettes de cuisine de Carinthie inférieure. Non, je crois fermement que les bandits et monte-en-l’air de tout poil sont suffisamment intelligents pour savoir que, dans une librairie, il y a toujours quelqu’un en maraude, qui bouquine, cherche, fouille. Donc un témoin, un danger potentiel, quand ce ne sont pas des enfants qui testent, grivellent, parcourent. Donc la possibilité d’une bavure horrible. Le livre en soi peut-il être, lui, l’objet de la convoitise d’un bandit ? Après tout, un beau cambriolage à la Arsène Lupin ou à la Fantomas pourrait vous donner cinq ou six ans de lecture assurée. Ce qui n’est pas rien, à y bien réfléchir. Non, les gangsters, avec du fric, de l’or, des bijoux, sont tranquilles, c’est une denrée neutre, morte, inerte, échangeable, revendable.

Et puis, le soir, autour de la table, quand les malfrats, sous la lampe unique descendant du plafond, se mettent au difficile et psychopathologique partage, avec des bouquins, ça deviendrait impossible. Comment faire des tas égaux ? A Helmut-la-Membrane tout ce qui est traduit de l’espagnol, à Gunther Doigts-de-Fée L’Homme sans qualités, à Karl-le-Cher-fou la collection complète du bon Sigmund et à Frida-le-Chassis-qui-me-rend-dingue les vingt-deux volumes de l’histoire de l’empire austrogoth-hongrois ? Comment faire ? Partager en calculant la valeur ? Donner trois cents livres populaires contre une étude sur le Caravage en couleur ? Impossible, les voleurs savent qu’un tas, pour être égal à un tas, doit à peu près représenter le même volume. Sinon il va y avoir des inimitiés durables et de la viande au plafond.

Il faut enfin se persuader que les braqueurs, face à cette masse immense et muette faite de papier, d’encre et d’imprimerie et de pensées secrètes, pourraient se laisser aller à ouvrir leurs proies et donc à lire, à vibrer, à ne plus rien foutre que ça, à se cultiver, à devenir meilleurs. Ils supprimeraient ce à quoi ils se sentaient destinés, c’est-à-dire l’angoisse. En lisant, ils auraient une chance de ne plus assassiner, cambrioler ou torturer. Ils deviendraient autres, des êtres concernés par la poésie douloureuse du monde, ce qui nous différencie efficacement de la bête.


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LIRE :
Lire est une expérience traumatisante. C’est déchiffrer, contraint à l’immobilité et à une vitesse sidérante, sur le petit espace d’une feuille de papier, des signes calligraphiques abstraits qui, deux par deux, puis mots par mots, phrases par phrases, provoquent du son, du bruit, produisent ensuite dus sens, des images, de la musique. Alors le lecteur parle muettement, joue sans gestes, interprète sans effets de manches. Il se fabrique, dans le grand silence du monde et de sa tête, un cinéma personnel où il tient tous les rôles, où ils construit le décor, où il compose la musique, prisonnier d’une fiction ou d’un système de pensée qu’il découvre pas à pas. Si le lecteur lit en diagonale, saute des pages ou va directement à la fin, il se fabrique, toujours à grande vitesse, des ellipses, des résumés, des contractions de texte. Il fait un travail énorme. C’est pourquoi il ne faut pas dire, ne jamais dire, que c’est facile de lire. C’est terrible, c’est difficile. A force, ça semble simple, mais ce n’est jamais, en tout cas, innocent.

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