« Folles d'enfer en avril | Page d'accueil | Bilan de santé »
04.05.2008
Une très vieille Anglaise


A peine le livre commencé, j'ai déjà trouvé des phrases, des paragraphes délicieux.
Je commence ma note, déjà.
Je dis "vieille" pour l’Anglaise mais tant pis. A la fin du livre elle a presque 100 ans. Je sais que beaucoup évitent l'adjectif, mais je le trouve si vrai. Je l'utilise. Même pour moi.
" ... Un curieux processus s'est amorcé. Les souvenirs consignés depuis une éternité dans les coins les plus reculés de ma tête ont commencé à s'insinuer par les fissures de ma mémoire. Des images ont surgi, bien découpées, comme si je n'en étais pas séparée par une existence entière. Alors, après les premières gouttes éparses, cela a été le déluge. Des conversations entières, ressuscitées mot pour mot, avec toutes leurs nuances, des scènes qui se rejouaient devant mes yeux, comme extraites d'un film.
Je me suis surprise moi-même. Alors que les mites ont dévoré des pans entiers de mes souvenirs récents, je découvre que le passé lointain, lui, est clair et net. Ils ont tendance à revenir souvent me rendre visite, ces spectres du passé, et je constate avec étonnement qu'ils ne me dérangent pas outre mesure. En tout cas, pas autant que je l'aurais cru. Au contraire, les fantômes que j'ai fuis toute ma vie m'apportent un certain réconfort; je les accueille volontiers, je les attends même avec impatience, comme Sylvia attend les séries télévisées dont elle me parle tout le temps (elle se dépêche de finir son service pour aller les regarder en bas, dans la salle commune). J'avais oublié, je crois, qu'il y avait des souvenirs lumineux au milieu de toute cette noirceur."
"Je pense à Marcus (son petit-fils), qui virevolte çà et là sur toute la planète, lui aussi, dans l'étreinte d'un vent rebelle auquel il ne peut s'arracher. De toute façon, ces temps-ci il ne faut pas grand-chose pour que je me mette à penser à Marcus. Ces dernières nuits, il s'est souvent introduit comme un voleur dans ma tête. Aplati comme une fleur séchée entre deux images de Hannah, d'Emmeline ou de Riverton, tel est mon petit-fils. Hors du temps et de l'espace. A sa place ni dans l'un ni dans l'autre. Ce petit garçon à la peau fraîche et aux grands yeux curieux qui, tout à coup, est devenu un homme, mais évidé par l'amour et la perte de l'amour.
Je voudrais revoir son visage. Le toucher. Ce beau visage si familier, sculpté comme tous les visages par les mains efficaces de l'Histoire. Marqué par des ancêtres et un passé dont il ne sait pas grand-chose.
Il reviendra un jour, je n'en doute pas, car le lieu d'où l'on vient, le bercail, est comme un aimant; il attire ceux de ses enfants qui s'en sont le plus éloignés. Mais j'ignore si ce sera demain ou dans plusieurs années. Or je n'ai pas le temps, moi. Je me trouve dans la salle d'attente glaciale, à frissonner tandis que s'éloignent les spectres et l'écho des voix du passé."
Elle décida d'enregistrer une cassette pour son petit-fils. J'en suis là de ma lecture. Mais comme élément moteur pour m'encourager dans cette voie, écrire sur le passé, il n'y a pas mieux. Cela m'a déjà aidée, et m'aidera encore dans cette phase de ma vie que j'appelle la dernière. Si je juge d'après mes parents, j'ai entre un an et sept ans à vivre. Mais j'espère faire un peu mieux. Pas trop, cependant.
C'est passionnant vraiment. Je n'en reviens pas. J'ai eu tellement de mal à lire ces derniers temps avec des livres que l'on m'a offert. Rien de mieux que de se les acheter soi-même.
Tout le monde a, peut-être, un Marcus dans sa vie ? Je cherche…
A suivre, pour le livre...

J'ai fini le livre et la révélation du mystère du château de Riverton est étonnante.
20:35 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lire, domestiques, aristocration anglaise







