19.08.2009
Le temps anglais
Je n'aime pas que l'on dise du mal du temps brestois. Dans les pires cas je dis : c'est le temps anglais en ce moment. Tout en soulignant qu'en Angleterre le temps est pire.

Histoire d'écrire quelque chose, et j'espère que je n'ai pas déjà mis mon texte quelque part auparavant, je met ces mots écrits une autre année. Le sujet est "autour de l'eau".
"En réfléchissant bien, l’eau m’accompagna au long de ma vie et m’accompagne encore. La première, mais je ne m’en souviens plus, était l’eau en neige à l’époque de ma venue au monde. Le pays était blanc, rareté en Bretagne, mais le ciel avait voulu couvrir les effets de la guerre par un manteau immaculé. Pour se faire pardonner l’invasion allemande, en quelque sorte.
Le silence était partout, même le bruit des bottes était atténué, et le moindre son résonnait bizarrement dans l’air pur. Enfin, je l’imagine.
Mon cri a dû passer par la fenêtre de la maternité où ma mère, semble-t-il, avait fini de souffrir pour moi. J’avais quitté l’eau de son ventre pour l’air froid du vieil hospice de Morlaix. Les poêles devaient péniblement brader leur chaleur aux plus proches lits.
Heureusement que les bouillottes faisaient plus d’effet dans les berceaux. L’eau chaude a de ces vertus que rien au monde ne remplace.
Dehors, la neige et la glace - de l’eau en flocons et en cristaux - étonnante chimie de la nature.
Un jour la neige est partie, mais pas les Allemands. Mais je n’en avais cure, ni de l’une ni des autres, occupée simplement par le lait de ma mère.
Dans le village de campagne où la famille s’était réfugiée, j’ai deux ans au cœur de l’hiver et ma sœur plus grande mène joyeuse vie et fait rire avec ses réparties. Un jour, l’eau tombe du ciel sous forme de grêlons. Et ma sœur de crier :
- Du sel, du sel !
Rires. Bien sûr. On en reparla, encore et encore. Mais moi, je crois voir ma sœur courir sous la grêle, comme dans un film.
La guerre est finie, après le passage des Américains. Je dis adieu au village de ma grand-mère et… à l’eau du puits. Dangereux attrait pour ce puits d’où remontaient d’étranges odeurs de terre et d’eau glacée. Le puits de la ferme des arrière-cousins. L’eau des abreuvoirs pour les vaches. L’eau des cochons. Toutes ces eaux avaient des relents, car s'y mêlait l’odeur écœurante des betteraves cuites pour les animaux.
Arrivée à Brest, je vis la mer. Mais aussi l’eau de la Penfeld. Sur la rivière un petit pont flottant qui permettait de lier les deux rives pour les piétons voulant aller au Centre ville.
Un jeu de sauter sur les lattes de bois, de se croire sur un bateau, tandis que ma sœur mourait d’épouvante. Le « pitit pont » bougeait à ravir, mais fut inutile dès l'arrivée du grand pont construit tout à côté.
A cette époque, l’eau ne rentrait pas dans toutes les maisons et l’abord des pompes était un lieu important pour tous. Pour les adultes qui s’y rendaient avec leurs brocs pour les remplir d’eau fraîche. (Les eaux bretonnes ont figuré longtemps comme étant parmi les meilleures de France. Après celles des régions montagneuses)
Les enfants, eux, jouaient à se gicler dessus. Surtout les garçons sur les filles. Ce jeu, d’ailleurs, reste privilégié encore aujourd’hui avec les pistolets à eau. Les seules armes supportées par les non-violents comme moi.
Bonheur de jouer avec de l’eau. L’eau qui n’arrivait pas dans l’appartement par des tuyaux et un robinet. Jouer avec de l’eau, on voit même ça à la télé où des animateurs s’aspergent avec des bouteilles plastiques remplies d’eau. Mieux que les tartes à la crème du cinéma de mon enfance, j’avoue.
Et puis, arriva l’époque des sorties à la mer. On prenait le car le dimanche matin pour aller passer la journée au bord de l’eau. Près de la maison, la rade bleue en belle saison était cachée par de hautes maisons et nous n’avions pas vue directe sur elle. Nous n’avions pas non plus la curiosité d’aller la voir deux rues plus loin. C’était peut-être une trop bête mer. La vraie était ailleurs. Le car traversait la ville et prenait les routes de campagne qui mènent à la Côte-Nord du Finistère. Je ne parlais pas et vérifiais, une fois encore, que j’avais ce qu’il faut pour pêcher ou faire des châteaux de sable. Je me taisais, les yeux braqués sur l’horizon du chauffeur. C’était toujours de là que venait la première vision.
D’un coup, le cœur me manquait lorsque je voyais une bande bleue qui se confondait avec le ciel, plus clair. Je n’y croyais pas vraiment, mais il s’agissait bien de la mer. Je n’ai jamais connu de sentiment plus doux et ni plus exaltant en même temps. Et cela me remplissait d’une douce allégresse qui se commuait en folie et rendait ma tête très légère.
Et on arrivait.
Maman criait toujours en descendant du car. On n’allait pas assez vite, tellement empotées avec nos affaires de plage et de pêche. Et commençait l’apprentissage de la nage pour des filles plus marsouines que petites d’hommes.
On regardait sous l’eau et tant pis si
les yeux piquaient un peu. C’est beau sous l’eau. Le sable mordoré, les petits cailloux et les jolies algues multicolores. L’eau était leur vie, aux ondines.
Ma vie, aussi. Lorsque l’eau coule sans peine dans ma salle de bain, je pense encore au miracle de l’eau. Et lorsque, de la fenêtre de chez moi, je vois mon bout de mer si bleu, surtout quand le soleil est de la partie, c'est la mer de mon enfance qui resurgit. Et c'est presque le même plaisir qui me gonfle la poitrine."
A plus, (Ah, Sainte flemme priez pour moi)
19:15 Publié dans souvenirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : météo, temps variable, mer, famille









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