30.09.2009

Chagrin d'école, longtemps après

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 Après trois mois difficiles, entre les problèmes de mon chat et autres… je me replonge dans le livre de Daniel Pennac « Chagrin d’école », avec plaisir.    

Et puis, je tombe sur un chapitre ultracourt qui me met en joie :

« Belleville, soir d’hiver, nuit tombée, rue Julien-Lacroix, je rentre chez moi, pipe au bec, sac à provisions, rêvasserie, quand un type adossé à un mur m’arrête en laissant tomber son bras comme une barrière de parking. Petit coup au cœur.

- Passe-moi du feu !

Comme ça, sans plus d’égard pour la quarantaine d’années qui nous sépare… il exige du feu, on lui en donne, un point c’est tout.

Je pose mon sac à provisions, sors mon briquet, tends la flamme vers sa cigarette. Il baisse la tête, creuse les joues en aspirant, et me regarde pour la première fois par-dessus le bout rougeoyant. Ici, changement d’attitude. Ses yeux s’écarquillent, il laisse retomber son bras, ôte la cigarette de sa bouche, et balbutie :

- Oh ! Pardon, m’sieur…

Une hésitation.

- Vous n’êtes pas… ? Vous écrivez des… Vous êtes écrivain, non ?

- Oui, j’écris des livres, pourquoi ?

Et ça ne rate pas.

- Parce que notre prof, elle nous fait lire « La fée, La fée…

Bon, il sait qu’il y a le mot « fée » dans le titre.

- ça parle de Belleville et des vieilles dames, et…

- La fée carabine, oui. Et alors ?

Ici, il revient un mouflet qui se tortille les doigts dans la tête avant de poser la question décisive :

- On a une explication de texte à rendre. Vous voulez pas m’aider un peu, me dire deux ou trois trucs ?

Je reprends mon sac à provisions.

- Tu as vu comme tu m’as demandé du feu ?

Embarras.

- Tu voulais me faire peur ?

Protestation :

- Non, m’sieur, sur la tête de Mam !

- Ne mets pas ta mère en danger. Tu voulais me faire peur. (Je me garde bien de préciser qu’il y est presque arrivé.) Et je ne suis pas le premier de la journée. A combien de personne as-tu parlé comme ça aujourd’hui ?

- Seulement moi, tu m’as reconnu, et maintenant tu veux que je t’aide. Mais quand tu n’as pas à faire un devoir sur eux, comment font-ils, les gens avec ton bras qui leur barre la route ? Ils ont peur de toi et tu es content, c’est ça ?

- Non, M’sieur, allez…

- Le respect, tu connais pourtant; c’est un mot que tu prononces cent fois par jour, non ? Tu viens de me manquer de respect et tu voudrais que je t’aide ?

-…

Comment t’appelles-tu ?

- Max, monsieur.

Il complète très vite :

- Maximilien !

- Eh, bien, Maximilien, tu viens de rater une bonne occasion. J’habite là, regarde, juste là, rue Lesage, ces fenêtres, là-haut. Si tu m’avais demandé du feu poliment, nous y serions déjà et je t’aiderais à faire ton devoir. Mais maintenant, non, pas question.

Dernière tentative :

- Allez, msieur…

- La prochaine fois, Maximilien, quand tu parleras aux gens avec respect, mais pas ce soir: ce soir tu m’as mis en colère. »

  

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Les chapitres suivants, Daniel Pennac reparlera de ce Maximilien et il appellera de ce prénom tous les jeunes durs qu’il rencontre encore. Mais le cancre qu’il a été et qui réside encore en lui, lui en voudra de cette réaction épidermique de rejet.

Moi, j’ai été étonnée, mais j’ai trouvé qu’il ne l’avait vraiment pas volé ce Max-là.

Le mien de Max, il est parfait parce qu’il ne parle pas. Forcément, c’est un chat.     

A plus,

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