18.06.2009
Histoire d'école

J'ai acheté récemment le livre de Daniel Pennac "Chagrin d'école" et j'adore. Le prix en était dérisoire mais le contenu ne l'est certainement pas. En dépit de la grande modestie de l'auteur.

Chapître II sous-chapître 21 (page 104) l'auteur a une petite crise. Le livre est-il utile ou pas ? Je l'encourage très fort. Même si je trouve dans le livre des leçons de grammaire que j'ai oubliées ou que je n'ai jamais eues. Au secours !
Pourtant une prof de 5ème disait de moi : Danièle C. est une fille très logique. Oui ? A cause des analyses logiques dans lesquelles j'étais très bonne. J'ai un peu changé, je crois. Bien que la logique soit une bonne chose pour moi. Enfin, j'essaie...
"Bref, on devient.
Mais on ne change pas tellement. on fait avec ce qu'on est.
Voilà qu'à la fin de cette deuxième partie, je m'offre une crise de doute. Doute quant à la nécessité de ce livre, doute quant à mes capacités à l'écrire, doute sur moi-même tout simplement, doute qui s'épanouira bientôt en considérations ironiques sur l'ensemble de mon travail, voire ma vie entière... Doute proliférant... Ces crises sont fréquentes. Elles ont beau être un héritage de ma cancrerie, je ne m'y habitue pas. On doute toujours pour la première fois et j'ai le doute ravageur. Il me pousse vers ma pente naturelle. Je résiste mais de jour en jour je redeviens le mauvais élève que j'essaye de décrire. Les symptômes sont rigoureusement pareils à ceux de mes treize ans : rêverie, procrastination, éparpillement, hyponcondrie, nervosité, délectation morose, sautes d'humeur, jérémiades et, pour finir, sidération devant l'écran de mon ordinateur, comme jadis devant l'exercice à faire, l'interro à préparer... Je suis là, ricane le cancre que je fus.
Je lève les yeux. Mon regard erre sur le Vercors sud. Pas une maison à l'horizon. Ni une route. Ni un individu. Des champs pierreux bordés de montagnes rases où s'épanouissent par-ci par-là des bouquets de hêtres comme des panaches silencieux. Sur tout ce vide bourgeonne immensément un ciel de menace. Dieu que j'aime ce paysage ! Au fond, une de mes grandes joies aura été de m'offrir cet exil qu'enfant je réclamais à mes parents... Cet horizon en deçà duquel nul n'a de comptes à rendre à personne. (Sauf ce petit lapin à cette buse, là-haut, qui a des vues sur lui...) Au désert, le tentateur, ce n'est pas le diable, c'est le désert lui-même : tentation naturelle de tous les abandons.
Bon, ça va comme ça.
arrête ton cirque.
remets-toi au travail." Fin de citation.
Chapître III sous-chapître 1 (page 115) dialogue vivant entre l'écolier et le prof sur une histoire d'Y.
"- J'y arriverai jamais, m'sieur.
- Tu dis ?
- J'y arriverai jamais !
- Où veux-tu aller ?
- Nulle part ! Je veux aller nulle part !
- Alors pourquoi as-tu peur de ne pas y arriver ?
- C'est pas ce que je veux dire !
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Que j'y arriverai jamais, c'est tout !
- Ecris-nous ça au tableau : je n'y arriverai jamais.
Je ni ariverai jamais.
- Tu t'es trompé de n'y. Celui-ci est une conjonction négative, je t'expliquerai plus tard. Corrige. N'y, ici, s'érit n apostrophe, y. Et arriver prend deux r.
Je n'y arriverai jamais.
- Bon. Qu'est-ce que c'est que ce 'y', 'après toi ?
- Je sais pas.
- Quest-ce qu'il veut dire ?
- Je sais pas.
- Eh bien il faut absolument qu'on trouve ce qu'il veut dire, parce que c'est lui qui te fait peur, ce 'y'.
- J'ai pas peur.
- Tu n'as pas peur ?
- Non.
- Tu n'as pas peur de ne pas y arriver ?
- Non, je m'en branle.
- Pardon ?
- ça m'est égal, quoi, je m'en moque !
- Tu te moques de ne pas y arriver ?
- Je m'en moque, c'est tout.
- Et ça, tu peux l'écrire au tableau ?
- Quoi, je m'en moque ?
- Oui.
Je mens moque.
- M apostrophe en. Là tu as écrit le verbe mentir à la première personne du présent.
Je m'en moque.
- Bon, et ce 'en' justement, qu'est-ce que c'est que ce 'en' ?
- ...
- Ce 'en', qu'est-ce que c'est ?
- Je sais pas, moi... C'est tout ça !
- Tout ça quoi ?
- Tout ce qui me gonfle !" Fin de citation.
Ah ce Y et le reste ! Qu'est-ce que ça gonfle !
" Les maux de grammaire se soignent par la grammaire, les fautes d'orthographe par l'exercide de l'orthographe, la peur de lire par la lecture, celle de ne pas comprendre par l'immersion dans le texte, et l'habitude de ne pas réfléchir par le calme renfort d'une raison strictement limitée à l'objet qui nous occupe, ici, maintenant, dans cette classe pendant cette heure de cours, tant que nous y sommes." Fin de citation
Il y a plein de choses dans le livre qui peuvent aider les élèves mais aussi les enseignants actuels. Des situations qui sont arrivées il y a longtemps et qui ont été gérées par des profs plus intéressés par leurs élèves que par leur propre égo.
Je me trouve des envies d'acheter le livre et de l'offrir à une de mes petites filles, au moins. Et envie d'en parler, d'en parler, d'en parler.
A plus...

19:32 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : daniel pennac, chagrin, cancre, grammaire
01.02.2009
Il y a des jours... où il y a des livres...
J'avais abandonné la bibliothèque depuis un moment, et puis, j'y suis retournée.
Parce que... il y a des fois où j'achète un livre qui me plait énormément, et il y a des fois où je regrette.
Tandis qu'à la bibliothèque, c'est pareil, mais je ne paye rien pour le livre. Sauf la cotisation annuelle, et si je ne rends pas le livre à temps. Ce que je n'ai jamais fait.
Il y a les livres que l'on me donne et/ou que l'on me prête. Généralement ils sont super. Ceux que j'aime trop et que je dois rendre je les recherche activement sur Internet et j'achète mon exemplaire à garder toute ma vie. Bien que ma vie future se raccourcisse dangereusement. Mais, on ne sait jamais. Tant que j'ai la tête à comprendre ce que je lis...
J'ai lu deux livres du même auteur (un homme) avec un personnage d'un âge assez proche de celui de l'auteur. C'est super bien écrit, des phrases extraordinaires, une histoire d'homme (à chaque fois). Un homme, une femme - un homme, un ami passionné par Arthur Rimbaud. Intéressant.
Juste après (même emprunt à la bib) un roman qui me paraissait d'avance énorme et difficile à digérer. L'auteur, une femme. Ah, ah, intéressant ! Oui, j'avoue je préfère l'écriture des femmes en général. Je me suis dépêchée de le terminer à cause de la bibliothèque (je ne connais pas la date de restitution). J'ai trouvé que c'était péché de faire ça car j'ai beaucoup aimé et j'aurai préféré prendre mon temps.
J'ai trouvé sur Internet un blog d'une fille qui parle du livre et qui trouve que "c'est dommage que la fin soit à l'eau de rose". (voir mon compte rendu du livre).
"La couleur des rêves" de Rose Tremain ("the colour" en anglais). 
L'histoire se passe en Nouvelle-Zélande où un couple d'Anglais est venu s'installer. Le mari veut oublier quelque chose de son passé et l'épouse est une ancienne gouvernante qui n'est pas mécontente de changer de condition. La mère du mari est avec eux et je trouve que son personnage est très intéressant. Une femme rigide, veuve, et qui change psychologiquement au fur et à mesure que le temps passe. Je l'ai trouvée émouvante vers la fin de sa vie.
Harriet, la femme, image de femme qui devient forte en dépit d'un mari coincé et qui copie un peu son père, ancien maquignon décédé tragiquement.
La couleur c'est l'or que les aventuriers en tout genre cherchent détruisant la nature, déjà difficile. Le mari se trouve être possédé par cette fièvre et part, laissant sa femme et sa mère dans leur maison de "pisé". Le pisé étant fait de boue et d'herbe locale qui pousse et sèche sur les terres. Puis blanchie à la chaux pour lui donner un air sympathique.
Harriet apprendra, par toutes ses aventures suivant le départ de son mari, que les choses qu'ils avaient mis dans la maison de pisé n'étaient pas vraiment nécessaires. Si peu de choses suffisent pour un bonheur simple.
Une rencontre, dans l'enfer d'un cataclysme naturel de ce pays déjà si dur, sera le happy end (à l'eau de rose ?) qui me plait à moi. Un Chinois ascétique venu gagner quelques sous en cultivant des légumes à vendre aux chercheurs d'or. Il m'a fait penser au fameux personnage de Kung Fu avec David Carradine. Tranquillité, zenitude. Ils vivront, tous deux, une aventure (qui pourrait choquer) mais qui donnera à Harriet les moyens de retrouver une vie normale dans le lieu où avait été la maison de pisé (détruite par une tempête). Des amis, un enfant à naître. Je trouve ça naturel.
Extraits : 
(Cela se situe chez une dame qui les a accueillis pendant que la maison de "pisé" était en construction.)
Harriet s'assit sur le lit. La chambre était soigneusement rangée. Tout paraissait occuper sa place précise, y compris le crucifix, suspendu à un clou discret sur le mur du fond. Il y avait à côté un croquis encadré représentant la Croix du marché de Parton Magna, dans le Norfolk.
Sur le devant de l'armoire était accroché le bonnet que Lilian (la mère) portait en temps ordinaire, avec ses rubans froissés à l'endroit où elle les nouait sévèrement sous son menton. En regardant toutes ces choses, Harriet songea combien il est dur de vieillir et d'avoir à clouer sur son mur un crucifix fragile, à contempler un petit garçon vêtu d'une robe, sans savoir... sans savoir combien de temps il reste, ni si l'homme qui fut jadis cet enfant va prendre soin de vous ou non...
Pauvre Lilian.
Pauvre malheureuse Lilian.
Assise sans bouger, Harriet pria le ciel qu'il lui soit donné, avant que sa propre vie commence à glisser vers une fin aussi incertaine, de voir ou de connaître au moins une chose extraordinaire et inoubliable.
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Tout cela donne envie de relire le livre. Mais non, je dois le rendre. Douleur...
18:05 Publié dans Lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : aventure, femmes, bonheur, difficultés, Nouvelle-Zélande







