14.04.2009
Mange, prie, aime (suite 1)

Elizabeth Gilbert commence son voyage par l’Italie, où elle prendra les kilos les plus heureux de sa vie.
Bien qu’elle vive à Rome, elle ira manger des pizzas à Naples.
Je cite : « La semaine dernière, j’ai rencontré une jeune routarde australienne qui visitait l’Europe pour la première fois…
Voyager dans un pays et y séjourner relèvent de deux énergies fondamentalement différentes, et quelque chose dans le fait de rencontrer cette jeune Australienne qui partait en Slovénie a exacerbé mon désir de reprendre la route.
Ce pourquoi j’appelle mon amie Sofie et je lui dis : ‘ Allons passer la journée à Naples et manger des pizzas!’
Aussitôt dit, aussitôt fait, et à peine quelques heures plus tard, nous sommes dans le train, puis, comme par magie, nous voilà à Naples. Et là, c’est le coup de foudre. Naples est une ville débridée, tapageuse, bruyante, sale, extravertie…
Ici, les gens trouvent ça follement excitant d’être napolitains, et pourquoi pas ? C’est la ville qui a donné au monde la pizza et les glaces. Les Napolitaines, en particulier, forment une sacrée équipe de grandes gueules criardes, généreuses, fouineuses, autoritaires, agaçantes. Elles ne s’embarrassent pas de circonvolutions, non, elles essaient juste de vous aider, pauvre andouille que vous êtres - pourquoi diable faut-il qu’elles se tapent toujours tout le boulot ? L’accent napolitain vous claque dans l’oreille comme une calotte amicale. C’est comme si on flânait dans une ville uniquement peuplée de cuisiniers ambulants, où tout le monde braille en même temps… »
Elles mangeront deux pizzas chacune, des margheritas avec double mozzarella, et avec une pâte fine, tendre, délirante, paradisiaque.
Elle raconte : « En tout cas, quand je me regarde dans le miroir de la meilleure pizzeria de Naples, je vois un regard vif, une peau saine, un visage rayonnant de santé. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un tel visage en me regardant dans une glace.
- Merci, je murmure. Puis Sofie et moi nous précipitons sous la pluie pour chercher des pâtisseries. »
Youpee ! Quel bonheur de lire ça. Cela me rappelle que lors de mes deux voyages en Italie j’ai super bien mangé. Le meilleur de ma vie.
A suivre…
20:12 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gilbert, italie, pizzas
05.04.2009
Mange, prie, aime, une leçon de vie pour le cinéma


Une bonne nouvelle. Julia Roberts (la merveilleuse Julia) a annoncé qu’elle jouerait le rôle d’Elizabeth Gilbert, l’auteur du livre autobiographique « Mange, prie, aime » (version française) que je viens de lire.
Je ne l’ai pas lu en deux jours, c’est sûr. Elizabeth Gilbert est une énorme bavarde en oral et en écriture.
Je viens de lire l’annonce du futur film dans la revue Version Femina d’il y a deux dimanches. Je me réjouis d’avance. Déjà que je suis une inconditionnelle de Julia Roberts, car elle est toujours délicieuse au cinéma.

La première couverture du livre (voir la photo) est spéciale : Mange est écrit avec des pâtes, Prie est écrit avec un chapelet indien spécial ashram, Aime est écrit avec des pétales de fleurs. Un petit texte écrit en rose : Changer de vie, on en a tous rêvé… Elle a osé !
Le quatrième de couverture raconte : A trente et un ans, Elizabeth Gilvert possède tout ce dont une Américaine ambitieuse peut rêver : un mari dévoué une belle maison, une carrière prometteuse. Elle devrait nager dans le bonheur pourtant elle est rongée par l’angoisse, le doute, l’insatisfaction.
S’ensuivent un divorce, une dépression et une liaison désastreuse qui le laissent exsangue et encore plus désemparée. Elle décide de tout plaquer pour partir seule à travers le monde.
En Italie, elle goûte aux délices de la dolce vita et prend les « douze kilos les plus heureux de sa vie », en Inde, ashram et rigueur ascétique l’aident à discipliner son esprit (lever à 4 heures du matin, méditation et nettoyage des sols !) et en Indonésie, elle cherche à réconcilier son corps et son âme pour trouver l’équilibre qu’on appelle le bonheur…
A l’intérieur de la quatrième de couverture une pliure avec la photo d’Elizabeth et les mots pour parler de son présent :
Elizabeth Gilbert vit à Philadelphie et fait de nombreux séjours au Brésil et à Bali. c’est un auteur remarqué et récompensé pour son travail (finaliste du National Book Award). Elle est aussi journaliste. Son récit a déjà séduit cinq millions de lectrices dans trente-six pays. Julia Roberts l’incarnera bientôt au cinéma.
Il y a des parties de livre que j’aimerais partager, bien sûr. Mais les parts sont si longues que je crains. Je vais donc résumer.
« Ce qui s’est passé, c’est que j’ai commencé à prier. Vous savez - comme dans prier Dieu…
Ce que je dis à Dieu cette nuit-là, d’une voix étranglée par les sanglots, peut se rapporter comme suit : - Bonjour, Dieu. Comment allez-vous? Moi, c’est Liz. Enchantée.
Oui - je m’adressai au créateur de l’univers comme si nous venions d’être présentés l’un à l’autre dans un cocktail… Pour ne rien vous cacher, j’ai même dû me faire violence pour ne pas ajouter : - J’ai toujours été une fervente admiratrice de votre travail…
La prière se rétrécit d’elle-même à cette unique supplique - S’il vous plaît, dites-moi ce que je dois faire - répétée en boucle. J’ignore combien de fois je la réitérai. Je sais seulement que j’implorais comme pour ma vie. Et que mes larmes coulèrent abondamment.
Jusqu’à ce qu’elles se tarissent - tout d’un coup…
Puis, j’ai entendu une voix. Non, non, n’ayez crainte : ce n’était pas celle de Charlton Heston dans une production hollywoodienne de l’Ancien Testament, pas plus qu’une voix me commandant d’aménager un terrain de base-ball dans mon arrière-cour. C’était tout simplement ma propre voix, qui s’exprimait de l’intérieur de mon être. C’était ma voix, mais telle que je ne l’avais jamais entendue auparavant. C’était bien ma voix, mais empreinte d’une sagesse, d’un calme et d’une compassion absolus…
La voix dit : Va te recoucher, Liz.
Je relâchais ma respiration.
Immédiatement, il m’apparut évident que c’était la seule chose à faire. Je n’aurais pas accepté d’autre réponse… »
J’ai aimé vraiment le livre. En fait, cette expérience spirituelle aboutira sur un voyage d'un an (sans mec) pour réparer son corps, son esprit et la relation entre son corps et son esprit. Aboutissement qui mènera à l'amour avec un homme exceptionnel. (Mais qui jouera cet homme ?)
À suivre…
18:37 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : film, livre, voyage, italie, inde, bali, amour
04.05.2008
Une très vieille Anglaise


A peine le livre commencé, j'ai déjà trouvé des phrases, des paragraphes délicieux.
Je commence ma note, déjà.
Je dis "vieille" pour l’Anglaise mais tant pis. A la fin du livre elle a presque 100 ans. Je sais que beaucoup évitent l'adjectif, mais je le trouve si vrai. Je l'utilise. Même pour moi.
" ... Un curieux processus s'est amorcé. Les souvenirs consignés depuis une éternité dans les coins les plus reculés de ma tête ont commencé à s'insinuer par les fissures de ma mémoire. Des images ont surgi, bien découpées, comme si je n'en étais pas séparée par une existence entière. Alors, après les premières gouttes éparses, cela a été le déluge. Des conversations entières, ressuscitées mot pour mot, avec toutes leurs nuances, des scènes qui se rejouaient devant mes yeux, comme extraites d'un film.
Je me suis surprise moi-même. Alors que les mites ont dévoré des pans entiers de mes souvenirs récents, je découvre que le passé lointain, lui, est clair et net. Ils ont tendance à revenir souvent me rendre visite, ces spectres du passé, et je constate avec étonnement qu'ils ne me dérangent pas outre mesure. En tout cas, pas autant que je l'aurais cru. Au contraire, les fantômes que j'ai fuis toute ma vie m'apportent un certain réconfort; je les accueille volontiers, je les attends même avec impatience, comme Sylvia attend les séries télévisées dont elle me parle tout le temps (elle se dépêche de finir son service pour aller les regarder en bas, dans la salle commune). J'avais oublié, je crois, qu'il y avait des souvenirs lumineux au milieu de toute cette noirceur."
"Je pense à Marcus (son petit-fils), qui virevolte çà et là sur toute la planète, lui aussi, dans l'étreinte d'un vent rebelle auquel il ne peut s'arracher. De toute façon, ces temps-ci il ne faut pas grand-chose pour que je me mette à penser à Marcus. Ces dernières nuits, il s'est souvent introduit comme un voleur dans ma tête. Aplati comme une fleur séchée entre deux images de Hannah, d'Emmeline ou de Riverton, tel est mon petit-fils. Hors du temps et de l'espace. A sa place ni dans l'un ni dans l'autre. Ce petit garçon à la peau fraîche et aux grands yeux curieux qui, tout à coup, est devenu un homme, mais évidé par l'amour et la perte de l'amour.
Je voudrais revoir son visage. Le toucher. Ce beau visage si familier, sculpté comme tous les visages par les mains efficaces de l'Histoire. Marqué par des ancêtres et un passé dont il ne sait pas grand-chose.
Il reviendra un jour, je n'en doute pas, car le lieu d'où l'on vient, le bercail, est comme un aimant; il attire ceux de ses enfants qui s'en sont le plus éloignés. Mais j'ignore si ce sera demain ou dans plusieurs années. Or je n'ai pas le temps, moi. Je me trouve dans la salle d'attente glaciale, à frissonner tandis que s'éloignent les spectres et l'écho des voix du passé."
Elle décida d'enregistrer une cassette pour son petit-fils. J'en suis là de ma lecture. Mais comme élément moteur pour m'encourager dans cette voie, écrire sur le passé, il n'y a pas mieux. Cela m'a déjà aidée, et m'aidera encore dans cette phase de ma vie que j'appelle la dernière. Si je juge d'après mes parents, j'ai entre un an et sept ans à vivre. Mais j'espère faire un peu mieux. Pas trop, cependant.
C'est passionnant vraiment. Je n'en reviens pas. J'ai eu tellement de mal à lire ces derniers temps avec des livres que l'on m'a offert. Rien de mieux que de se les acheter soi-même.
Tout le monde a, peut-être, un Marcus dans sa vie ? Je cherche…
A suivre, pour le livre...

J'ai fini le livre et la révélation du mystère du château de Riverton est étonnante.
20:35 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lire, domestiques, aristocration anglaise
31.01.2008
Mon dernier livre lu : la voyageuse de nuit
Secouant ma grand flemme, je me décide de poster avant la fin du mois. Mais je n'ai pas chômé.
Grâce à France-Loisirs.
"'La voyageuse de nuit", de Françoise Chandernagor, évoque l'histoire d'une femme qui meurt, longtemps, dans un mouroir de luxe entourée, alternativement, de ses quatre filles.
Quatre filles, différentes, ayant aimé leur mère de façon différente. Qui les a aimées d'une manière... différente. Allant jusqu'à leur donner des étiquettes "la plus belle"... Étiquette changeable selon l'âge et les événements.
La mère, Olga, a eu une forte influence sur les filles. Elles finiront, après la mort de celle-ci, par prendre conscience des choses et devenir enfin des sœurs plutôt que les filles de leur mère.
Ce n'est pas exactement un roman (si proche du réel qu'on le croirait autobiographique) sur la mort. Le coup de vendre la maison, vider les meubles, les pièces, trouver des secrets, tout le monde connaît ça. Le détail des couverts, des assiettes, nous rappelle plein de choses. On se croit chez soi, dans le livre.
Katia, l'aînée est écrivain et ce n'est pas difficile de suivre son journal (en quelque sorte). Celui-ci est coupé par des pages avec le prénom de chaque sœur, selon ce qui se passe. Avec un caractère d'imprimerie différent du récit de Katia. Lisa, l'Australienne, tellement fragile, Sonia l'alcoolique qui finit par perdre son boulot, Vera, la rigide, qui commande, et cache ses secrets aux autres. Le récit pour chaque soeur est anecdotique, un peu psy, ne juge pas, semble comprendre. Ce n’est pas Katia qui écrit. J'ai été prise par toutes ces pages au milieu des soeurs. Pensé à moi, mes soeurs. Forcément.
Non, ce n'est pas l'histoire d'une morte, mais l'histoire de toute la famille qui commence avec les grands-parents maternels, dont Micha le grand-père d'origine russe fut l'élément principal. Tout au moins d'influence. Réfugié dans la Creuse, il formera avec Solange la Creusoise un couple où il fut le héros. Le couple n'aura qu'une seule fille, Olga, la mère des quatre. Olga, qui se meurt sur un lit dans une chambre rose. Solange fut une vraie grand-mère Creusoise, mais elle eut un rôle falot et effacé. Tandis que la fille, même si elle ne fit pas de grandes études, avait un sacré tempérament. Il y en a souvent une comme ça dans les familles. A ce point, peut-être pas.
La mère éleva ses filles un peu à la matraque si j'ose dire. L'exemple en serait sur l'empêchement de se plaindre de la douleur inculqué aux filles en leur parlant des pauvres enfants malades qui ne se plaignaient jamais. Une image qui eut la vie dure. Du coup, les soeurs furent plus que stoïques lors des vaccinations et des incidents physiques que connaissent tous les jeunes enfants. Et bien après également.
Moi aussi, j'ai vécu le stoïcisme lors des vaccinations quand j'avais 6 ans. Jusqu'à dire que j'avais pas eu mal. Et puis, cela m'a ouvert des horizons sur ma propre éducation et celle que j'ai infligée à mes enfants. Pauves enfants. Ce livre m'apprend, mais c'est trop tard.
Je me rends compte que ces filles devenues "quinquagénaires" ont eu à faire "avec". Cette éducation à la dure n'a pas donné que du bon. A personne. Je rappelle l'alcoolique, la fragile, la rigide et la sensilble qui est l'écrivaine qui jongle avec tout ça.
Si je dis : Le père est souvent absent, je n'étonne probablement personne, mais on apprend pourquoi à la fin du livre. Ce qui provoquera une certaine révolution chez les filles.
Les petits enfants (des garçons) ont l'air de sauver le "tout ça" en étant de bons enfants, des petits-enfants respectueux et attentionnés, et en vivant mieux leur vie.
Pendant tout ce temps-là, l'aïeule et mère ferme les yeux sur tout, la vie et la famille, tout en se gardant bien de mourir trop vite. Pourquoi ? On l'apprend à la fin.
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J'ai bien aimé le livre. Non, j'ai bien vécu pendant que je lisais le livre. Paisiblement, tranquillement. Arrêtant à chaque fin de chapitre (qui n'est jamais long) remettant au lendemain de lire la suite.
Le père, même s'il est Breton, ne m'est pas très sympathique. Banal, je dirais. Egoïste certainement.
La mère, sans être sympathique, force l'admiration. Je sais qu'il existe des phénomènes pareils. Ses filles l'admiraient, c'est certain. Enormément. Obligé.
Je crois que la mort ne les libéra pas vraiment. Elles furent obligées d'évoluer, mais certaines furent traumatisées par la fin de cette "parenthèse" autour de la mourante. Elles avaient cessé de vivre complètement leur vie. Elles étaient suspendues au souffle d'elle. Elles avaient, enfin, de petites relations de soeurs qui devinrent importantes, après. Lisa, l’Australienne, et sa tentative de suicide donna l'occasion à Katia de la chouchouter et de la prendre dans son moulin de la Creuse. 
Le livre finit bizarrement, laissant au lecteur le loisir d'imaginer la suite. Je pense. Sinon, je ne comprends plus rien. A rien. La mort ? Pas grave. La vie ? Pas toujours facile. En fait, on choisit pas. Le hasard décide pour nous. Si on ne choisit pas pour lui.

A part ça, je vais bien. J'ai mon livre de Aïvanhov avec des pensées quotidiennes, et la pensée qu'en mars c'est le Printemps des Poètes".
Vivons !
11:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mort, vieillesse, soeurs, vie, écriture
13.01.2008
Les greffiers et moi

J'ai promis de donner la partie du livre "le merle" d'Arthur Keelt sur les chats. Très drôle.
Pendant ce temps-là, le mien de greffier il pense, se lèche, prend sa place sur le canapé (son canapé). J'aime les chiens, mais je suis fan de mon chat. Je n'imagine pas le quitter ou bien qu'il me quitte. Le jour où il est resté coincé dans l'escalier après que j'étais descendue chercher mon journal a été incroyable.
Deux ou trois heures après la descente de l'escalier, je trouvais que l'appartement était étrangement calme. Je cherche le matou partout, j'appelle, j'angoisse.
Puis, je me souviens. J'avais laissé la porte d'entrée ouverte. Le chat est peut-être parti faire un tour dans l'escalier. Je sors, j'appelle, je descends, je monte un peu. Rien. Finalement, je monte un demi-étage supplémentaire et je trouve mon oiseau ratatiné entre deux étages, les yeux écarquillés, sans dire mot et me regardant en tremblant.
Je prends mon bestiau dans mes bras et je le ramène à l'appart sans autre forme de procès.
Je me suis dit qu'il n'était pas prêt de récidiver. J'ai eu raison, un certain temps. Il y a peu de temps, je l'ai vu partir du coin de l'oeil. En revenant avec le journal, je l'ai appelé et j'ai entendu des hurlements désespérés. Cette fois il était monté tout en haut et ne reconnaissant rien, il était affolé et m'appelait probablement à son secours. Bizarre, le mec.

LES CHATS : Bonne lecture !
Il y a toujours un greffier dans les parages littéraires, un de ceux qui roupillent sur les pages récemment noircies ou qui, de la patte, mélangent les feuilles, quand ils ne piétinent pas les touches de l’Underwood en poursuivant un papillon. C’est bizarre, mais le chat ne rend pas l’auteur plus humain, plus mystérieux ou plus bouddhiste. Il le rend surtout un peu gnangnan et crétin, un peu pépé et tellement archétypal qu’on a toujours envie de découvrir des écrivains, philosophes ou poètes vivant et écrivant à côté de limaces, d’iguanes ou de boucs grondants. Heureusement les chats passent parfois le miroir et deviennent de vrais héros traversant le temps. Le chat du Cheshire évidemment, sans doute le plus intéressant, avec son sourire qui disparaît en dernier, ou bien ceux de la petite Française Colette, plus ennuyeux, aspergés par la lumière passant entre les pampres de la vigne.
Certains, en mourant, provoquent de beaux essais, tout en émotion contenue, souvenirs de frasques subliminales, tristesse et mauvaise conscience, déclarations tardives d’amour total et conneries du genre : Ah, si l’humain pouvait ressembler au félin ! Plus de guerres, que du roupillon, du sexe et de la chasse. Sans parler de toutes ces circonvolutions sémantiques tendant à prouver que la cruauté du chat est naturelle, que son dédain est aristocratique, que sa propreté est proverbiale, que sa résistance est extraordinaire. Bref, le chat est fictionnellement assez gonflant. Heureusement, on le sait depuis la Grande Guerre, sa chair ressemble à du lapin, alors que celle du rat est dégueulasse. Moi, je ne suis pas tellement chat dans l’ensemble. Pas plus chien, d’ailleurs, et encore moins cochon d’Inde. Je serais plutôt mite ou araignée de maison.
Simone ! (Toutes les araignées de la maison s'appellent Simone).

Certains d’entre les minous m’intéressent néanmoins et me rendent un peu chèvre. Beaucoup sont hystériques. D’autres pisseurs ammoniacaux. Je me méfie de leur égoïsme permanent, de leur plaisir inouï à torturer les passereaux et musaraignes, de leur hypocrisie lamentable quand vient l’heure de la soupe et, en tant qu’asthmatique, de leur réalité allergisante.
Mais il y a une lecture d’enfance. Une des premières. Une lecture fondatrice. Il y a Belzébuth. Déjà, avec un nom pareil… Noir, il me semble. Gascon d’adoption. Un chat symbole du temps qui passe. Un non-personnage, simple moteur d’un temps de récit, celui du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Le grand avantage de ce chat, de ce personnage, c’est que l’auteur ne nous bassine pas avec lui. Son maître l’abandonne au début du roman et le retrouve à la fin, découvrant que le chat l’a attendu tout un texte pour mourir.
On ne sait rien de lui. Son maître fait du théâtre ambulant, tombe amoureux, s’escrime et se venge, mais, le chat, rien. Etait-il mousquetaire ou pilier de cheminée ? Miauleur ou ronronneur ? Père de combien de petits belzébuths ?
C’est en l’enterrant que Sigognac trouve le trésor qui lui assurera enfin des jours heureux. Du coup, j’ai toujours enterré les chats qui ont quelquefois partagé ma vie, mais jamais je n’ai trouvé le pactole dans la terre un peu gluante du jardin de Graz. Sans doute que le seul « trésor » déterré, c’est le souvenir précis que j’ai de ce livre merveilleux et du ravissement en le lisant. Un des plus grands trésors du monde. Comme quoi…

20:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : animaux, chats
04.01.2008
Un cadeau
Je me suis offert un livre par Internet. Le merle d'Arthur Keelt.
Je l'avais trouvé par hasard sur un rayon de ma bibliothèque de quartier. J'aime bien faire ça.
Je l'ai lu avec grand plaisir.

J'ai aimé cet homme (Arthur Keelt) pour son humour et sa façon d'écrire tellement sympa. Trois niveaux d'écriture. Le récit (genre fantastique), les pensées délurées en italique et décalé, et les explications genre dico (c'est moi qui dit ça) dans une autre écriture en décalé.
J'ai relevé la partie sur les bibliothèques, mais je garde en réserve ses élucubrations sur les chats, pour une autre fois. Quand je parlerai du mien de chat.
Le Merle de Arthur Keelt
traduit par Jean-Bernard Pouy
Exception faite de ses essais de linguistique, pratiqués seulement par les érudits, la gloire d’Arthur Keelt (Klagenfurt, Autriche, 1902 - Paris, 1982) tient à cet unique et bref récit, Le merle (Die Amsel), écrit en 1954 dans les montagnes de Styrie et publié à Innsbruck.
Le livre a fait l’objet d’une première traduction française en 1968, puis il a disparu, au grand dam des lecteurs éclairés.
Le merle est-il une chronique autobiographique ? Comme le souligne Jean-Bernard Pouy, son nouveau traducteur, il convient plutôt de parler de « récit voltairien », même si son auteur en est le personnage central. Arthur Keelt se voulait un bouddhiste atypique. Peut-être doit-il à cette disposition d’esprit une écriture toute de simplicité et qui parfois atteint à la grâce, ainsi qu’une rare hauteur de vue (2277 m).
Un extrait, en cadeau.
LES LIBRAIRIES :
Il y a au moins une boutique que les bandits n’attaquent jamais,
Ou alors ça ne se dit pas
C’est la librairie. On me rétorquera illico que c’est normal, il n’y a pas beaucoup d’argent dans les caisses, et le livre, les livres, c’est lourd, plus que les bijoux, c’est encombrant à déménager, comparé aux billets de banque. Mais, bon, tout ça ressemble fort à de faux arguments. Trois ou quatre lingots doivent peser à peu près autant que deux ou trois livres d’art sur Rubens ou un manuel de recettes de cuisine de Carinthie inférieure. Non, je crois fermement que les bandits et monte-en-l’air de tout poil sont suffisamment intelligents pour savoir que, dans une librairie, il y a toujours quelqu’un en maraude, qui bouquine, cherche, fouille. Donc un témoin, un danger potentiel, quand ce ne sont pas des enfants qui testent, grivellent, parcourent. Donc la possibilité d’une bavure horrible. Le livre en soi peut-il être, lui, l’objet de la convoitise d’un bandit ? Après tout, un beau cambriolage à la Arsène Lupin ou à la Fantomas pourrait vous donner cinq ou six ans de lecture assurée. Ce qui n’est pas rien, à y bien réfléchir. Non, les gangsters, avec du fric, de l’or, des bijoux, sont tranquilles, c’est une denrée neutre, morte, inerte, échangeable, revendable.
Et puis, le soir, autour de la table, quand les malfrats, sous la lampe unique descendant du plafond, se mettent au difficile et psychopathologique partage, avec des bouquins, ça deviendrait impossible. Comment faire des tas égaux ? A Helmut-la-Membrane tout ce qui est traduit de l’espagnol, à Gunther Doigts-de-Fée L’Homme sans qualités, à Karl-le-Cher-fou la collection complète du bon Sigmund et à Frida-le-Chassis-qui-me-rend-dingue les vingt-deux volumes de l’histoire de l’empire austrogoth-hongrois ? Comment faire ? Partager en calculant la valeur ? Donner trois cents livres populaires contre une étude sur le Caravage en couleur ? Impossible, les voleurs savent qu’un tas, pour être égal à un tas, doit à peu près représenter le même volume. Sinon il va y avoir des inimitiés durables et de la viande au plafond.
Il faut enfin se persuader que les braqueurs, face à cette masse immense et muette faite de papier, d’encre et d’imprimerie et de pensées secrètes, pourraient se laisser aller à ouvrir leurs proies et donc à lire, à vibrer, à ne plus rien foutre que ça, à se cultiver, à devenir meilleurs. Ils supprimeraient ce à quoi ils se sentaient destinés, c’est-à-dire l’angoisse. En lisant, ils auraient une chance de ne plus assassiner, cambrioler ou torturer. Ils deviendraient autres, des êtres concernés par la poésie douloureuse du monde, ce qui nous différencie efficacement de la bête.

LIRE :
Lire est une expérience traumatisante. C’est déchiffrer, contraint à l’immobilité et à une vitesse sidérante, sur le petit espace d’une feuille de papier, des signes calligraphiques abstraits qui, deux par deux, puis mots par mots, phrases par phrases, provoquent du son, du bruit, produisent ensuite dus sens, des images, de la musique. Alors le lecteur parle muettement, joue sans gestes, interprète sans effets de manches. Il se fabrique, dans le grand silence du monde et de sa tête, un cinéma personnel où il tient tous les rôles, où ils construit le décor, où il compose la musique, prisonnier d’une fiction ou d’un système de pensée qu’il découvre pas à pas. Si le lecteur lit en diagonale, saute des pages ou va directement à la fin, il se fabrique, toujours à grande vitesse, des ellipses, des résumés, des contractions de texte. Il fait un travail énorme. C’est pourquoi il ne faut pas dire, ne jamais dire, que c’est facile de lire. C’est terrible, c’est difficile. A force, ça semble simple, mais ce n’est jamais, en tout cas, innocent.
22:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lire, humour, rare
13.12.2007
Encore un livre coup de coeur

Pascal Jardin, comme la "Citoyenne" de Frédérique Hébrard, je l'ai rencontré par le biais d'un livre que l'on m'a prêté. Avec forces recommandations. "Le Nain Jaune" et Pascal sont supers.
Je suis d'accord.

Je profite d'un matin tranquille. Je n'ai rien à faire d'urgent, juste une promenade au début de l'après-midi dans le vallon du Stangalard avec mon groupe de "éduqtoncoeur" de la Fedethe. Je rabâche, je sais.
J'ai eu une grosse coupure dans mes notes de blog, je sais aussi. Pourtant j'avais envie de le faire, mais j'attendais le coup de coeur phénoménal qui me pousse fortement à taper une note. Non, ce n'est pas le manque de commentaires qui me gênent. Je regarde, à l'occasion, le nombre de visiteurs tout en me demandant ce qu'ils regardent vraiment, et tout et tout.
Radio Nostalgie en route, je suis devant mon écran les doigts sur le clavier, et je pianote.

Je lis peu chaque jour de ce "Nain jaune" mais c'est tellement prodigieux cette histoire ainsi que le style de Pascal. Je viens de regarder Wikipedia et je suis déjà triste qu'il nous ait quitté cette année où j'ai perdu mon père. J'étais plus jeune que Pascal, mais lui avait 21 ans de moins que mon père. C'est fou !
C'est vrai qu'à côté de ce qui bouge sur Internet (les attaques contre la Star Ac, contre le gouvernement, contre tout ce qui change... ) ce livre est plus important et source de profondes réflexions. Même si Pascal Jardin dit, comme son père, être particulièrement incroyant, cela ne me choque pas plus que ça. Bizarrement, certains croyants me choquent parfois. J'ai vu les téléfilms sur Jean Paul II, j'en ai parlé, et cela n'a ému personne autour de moi. Quel dommage. (C'était une extraordinaire production, l'acteur qui l'incarnait était génial et je suis devenue fan de Jean Paul II. Enfin, presque.)

Pascal a écrit les scénarios de plein de films connus. C'est splendide. Voir dans Wikipedia.
Dans "Le Nain jaune" il raconte tout ce qu'il a dans le coeur sur son père. Je parlerai dans une autre note de certains sujets du livre mais sur la fin il résume bien des choses, avec son merveilleux style inoubliable.
"Inventeur, destructeur, conteur prodigieux d'une vie qui n'était extraordinaire que parce qu'elle était la sienne, et qu'il savait la reprendre au bond et la transfiguer, la faire rebondir et la réinventer, mon père était un génie que j'imagine souvent une balle à la main. Peut-être parce que, dans mon premier souvenir de lui, il ramassait une balle (de tennis) dans les derniers beaux jours de l'avant-guerre, ou peut-être parce qu'il était un joueur exquis qui désarmait le destin à grands coups de raquette folle. Personne n'a eu mon père ! Même pas mes frères, même pas ma mère. Je suis le seul à l'avoir vu et aimé sur toutes les coutures. Je l'ai vu Guignol, je l'ai vu Roi Lear, et je me souviens de lui du temps qu'il était un jeune Cid de province, un héros de Giraudoux, qui rêvait d'humanisme, d'une France superbe et d'une Europe immense. Plus le temps nous sépare et plus il nous rapproche. Un jour, nous nous retrouverons. Je lui prendrai le bras car il sera fatigué, et, mort plus jeune que lui, je resterai son cadet. Nous marcherons ensemble dans le vert paradis de nos rêves communs, au milieu de nuages comme des cathédrales émergeant des blés murs, de Parthénons chrétiens, tous peints à nos couleurs. Nous parlerons encore de nos femmes humaines, et puis nous rêverons Dieu comme si l'on y croyait."
Comme ma fille qui m'a prêté le livre, j'aime infiniment les dernières phrases. J'avais tiqué sur "mort plus jeune que lui, je resterai son cadet". Je ne comprenais pas bien. Si, le livre est sorti en 1979, Pascal était malade. Fin d'écriture à Paris le 9 novembre 1976, puis 22 mai 1978. Ce besoin de dater les choses. Comme j'aime Pascal Jardin.
Désolée, j'ai encore évoqué la mort. Pas grave, elle est notre ombre fidèle qui nous soulagera le jour venu.
Internet en bref :
Pascal Jardin
Naissance 14 mai 1934 à Paris - Décès le 30 juillet 1980 à Paris - Activité romancier, scénariste Nationalité français Œuvres principales "Le nain jaune" et Le Vieux fusil -
Récompenses Grand Prix du roman de l'Académie française
Il est le fils de Jean Jardin, alias le nain jaune, directeur de cabinet et éminence grise de Pierre Laval pendant l'occupation sous le gouvernement de Vichy, ce qui inspirera à Jardin un très beau livre, La Guerre à neuf ans.
Père d'Alexandre Jardin, écrivain.
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22.08.2007
Hugo, suite - coup de coeur perso
Ecrit en 2003 (j'avais râté son anniversaire en 2002)
A VICTOR HUGO de Patrick Thuillier :
Douceur
de l’automne
sur les veines
bleuies ;
Effeuillement
de l’aventure
royale ;
Epanchement
de l’âme
plume
trempée
dans l’encrier
des souvenirs ;
Vers ce mystère
divin
de l’homme
cet humain
« libre penseur »
poète
à grandes chevauchées
d’esprit
dans toute la majesté de son verbe
éclairé…
(Patrick Thuillier fait partie de An Amzer Poésies qui se réunit à Bellevue à Brest - voir la copie en fin)
Ce Victor là est celui de Guernesey.
A Guernesey, il écrit « l’art d’être grand-père » mais il n’oublie pas : Dans « Les Châtiments » LUX = lumière, lumière symbolique qui dissipera les ténèbres : l’ignorance, la haine, l’oppression. On a souvent dit que Victor Hugo se prenait pour un prophète, j’espère de tout mon cœur qu’il l’est car le travail n’est pas fini avec la haine. Quand donc arriveront la paix et l’amour universels ?
LUX / Temps futurs ! vision sublime ! / Les peuples sont hors de l’abîme. / Le désert morne est traversé. / Après les sables, la pelouse ; / Et la terre est comme une épouse, / Et l’homme est comme un fiancé !
puis O libre France enfin surgie ! / O robe blanche après l’orgie ! / O triomphe après les douleurs ! / Le travail bruit dans les forges, / Le ciel rit, et les rouges-gorges / Chantent dans l’aubépine en fleurs ! / La rouille mord les hallebardes. / De vos canons, de vos bombardes, / Il ne reste pas un morceau / Qui soit assez grand, capitaines, / Pour qu’on puisse prendre aux fontaines / De quoi faire boire un oiseau.
l’art d’être grand-père : les plus grands critiques sont d’accord pour dire que Victor Hugo a trouvé le meilleur de son écriture dans ce livre. Banni par l’empereur Napoléon III, il se trouve à Guernesey avec ses petits enfants, et il écrit des morceaux d’amour mêlé à des poèmes douloureux sur son bannissement.
EXEMPLE : Ils jasent Parlent-ils ? Oui, comme la fleur parle / … / C’est l’idylle du cygne avec le rouge-gorge, / Ce sont les questions que les abeilles font, / Et que le lys naïf pose au moineau profond ; / … / Oh ! d’où venez-vous donc, inconnus qu’on adore ? / Jeanne a l’air étonné ; Georges a les yeux hardis. / Ils trébuchent, encore ivres du paradis.
Le grand-père replonge dans de noires pensées : Parfois, je me sens pris d’horreur pour cette terre ; / Mon vers semble la bouche ouverte d’un cratère ; / J’ai le farouche émoi / Que donne l’ouragan monstrueux au grand arbre ; / Mon cœur prend feu ; je sens tout ce que j’ai de marbre / Devenir lave en moi.
Et il finit ainsi : / Deuil ! guerre ! une euménide en mon âme est éclose ! / Quoi ! le mal est partout ! Je regarde une rose / Et je suis apaisé.
ouf ! Quelle merveilleuse fin.
Le 12 janvier 1874, il écrit : Je travaille - / Amis, je me remets à travailler ; j’ai pris / Du papier sur ma table, une plume, et j’écris ; / J’écris des vers, j’écris de la prose ; je songe. / Je fais ce que je puis pour m’ôter du mensonge, / Du mal, de l’égoïsme et de l’erreur ; j’entends / Bruire en moi le gouffre obscur des mots flottants ; / Je travaille. Ce mot, plus profond qu’aucun autre, / Est dit par l’ouvrier et redit par l’apôtre ; Le travail est devoir et droit, et sa beauté / C’est d’être l’esclavage étant la liberté. / Le forçat du devoir et du travail, est libre… /
Que dire de plus sur lui ? La majesté de son verbe éclairé nous éclaire-t-il toujours ? Moi, oui.
la revue poétique associative brestoise
An Amzer
La revue coûte 6 euros (12 euros l'abonnement annuel).
Pour ceux que ça intéresse voici leurs coordonnées :
An Amzer Poésies
MPT de Bellevue
1 rue de Quercy
BP 23153 29284
Brest Cedex
http://anamzer.free.fr
09:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Hugo, poésies, verbe
20.08.2007
Aimer, c'est agir (ou le contraire)
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Aimer, c'est agir La dernière phrase de Victor Hugo dans son journal. Le 19 mai 1885.
Il écrivait tout ce qu'il faisait, voyait, connaissait. Aussi les sommes qu'il distribuait autour de lui. Sympa. Semblait généreux, à mon avis.
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Le temps fraîchit. la présence du chat sur mes genoux me l'indique mieux qu'un baromètre. Il a son air revêche des mauvaix jours, comme pour me dissuader de le chasser.
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Victor. C'est avec plaisir que je replonge dans ce gros livre.
J'avais situé la petite enfance de Georges et Jeanne auprès de leur grand-père (Papapa) à Guernesey. Et puis, je n'en étais plus très sûre. J'ai vérifié. C'est oui.
Le propriété s'appelait Hauteville-house. ![]()
Aimer c'est agir. Je dois le faire. Agir. Après un été mouillé et paresseux. Plus paresseux que les précédents, et ce n'est pas peu dire.
J'ai déjà écrit des textes sur Victor. Je me suis même mise à sa place dans le poème "A guernesey". Bizarre. C'est aussi le titre du premier chapître de "L'Art d'être Grand-père".
J'en ai fait un autre qui parlait des coups qu'il entendait provenant des murs de sa chambre de Guernesey. Souvent trois coups. A des époques difficiles. Les événements du lendemain le confirmaient grandement. Cela m'avait surprise, et puis non, pourquoi pas ?
Un jour à Guernesey.
(sujet d'atelier d'écriture, il y a un moment)
La fenêtre est ouverte sur la mer. En bas, les enfants jouent et piaillent, en poussant des cris de mouettes. Les rideaux de dentelle d’un blanc passé frissonnent sous la brise du grand matin. La croisée est de bois peint, d’un bleu tendre, on devine les fines rayures du temps. Le soleil joue avec la vitre et éclaire le front plissé du vieux Victor. Assis devant une petite table d’orme sentant la cire d’abeille, il a les yeux dans le vague. Un fouillis de feuilles blanches palpitent au vent léger, auprès d’un encrier de cuivre où trempe une plume d’albatros. La main blanche et ridée caresse la plume en passant, et se pose sur la vieille joue qui s’éclaire d’un sourire fin et tendre. Le sourire du grand-père qui écoute la joyeuse innocence des petits dans le jardin.
A Guernesey
28/10/2005
Par la haute fenêtre, j’aperçois la mer
Le rideau de dentelle frissonne au grand air
J’entends ému les deux petits jouer en bas
Le vent de la dune vient me porter leurs voix
Ils criaillent très fort ainsi que des mouettes.
Ma table est bien cirée, les blancs feuillets volettent
L’astre de midi illumine la croisée
La plume d’albatros trempée dans l’encrier
J’écoute l’innocence jaser dans la cour.
Mon vieux front s’illumine ainsi qu’aux plus beaux jours
Le doux parler d’enfants éclaire ma retraite
L’amour au cœur, haine bannie loin de ma tête
Je suis enfin chez moi, ici, à Guernesey
Ma vie est douce. Et puis aujourd’hui… c’est l’été.
PRINTEMPS DES POETES 2005
Maison d’exil
On entend du bruit dans la vieille maison morte.
Celle-là qui prit soin du célèbre exilé
Le reçut dans ses murs au vieux plâtre écroulé
Avec sa tendre bienveillance en quelque sorte.
On frappe dans la nuit, la peur devient plus forte
Quand la lune caresse le toit crénelé
Palpite le poète, jadis adulé
Inquiet de ces coups sourds que le sort lui porte.
Les pierres sont toutes pleines de souvenirs
Du malheur passé, entremêlé des soupirs
De cet homme banni au génie exigeant
Qui fit là, dans leur sein froid, sa meilleure rime.
Lui, le père spirituel de Jean Valjean
Parler des petites gens, est-ce là un crime ?
20:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Hugo, poésie, atelier écriture
03.08.2007
Cette vie ou celle d'après
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Christian Signol : Je le connaissais par quelques uns de ses livres que j'avais lu, sans oublier "la rivière Espérance" à la télévision cela fait beaucoup du temps.
Et puis, le hasard faisant bien les choses, je vis plein de livres de poche à Géant. Signol était bien représenté avec ses 6 ou 7 derniers livres. J'ai choisi celui-ci. Au hasard peut-être. Mais qui peut le dire ?
Le "quatrième de couverture" (*) raconte, un peu, de quoi parle le livre.
Pas eu de mal à entrer dedans. Il s'agit d'une femme âgée apparemment capable de se débrouiller seule. Elle passe beaucoup de temps à ressasser son passé. Alors elle l'écrit dans un beau cahier si important pour elle. Elle est comme une souris besogneuse parce que, vu son âge, coincée dans un chalet dans une montagne du Vercors, elle a du mal à cause de la neige (présente de longs mois) avec les sentiers glissants.
L'auteur parle d'elle comme s'il pouvait savoir ce que c'est qu'être une vieille dame seule. Elle se plaint de sa fille trop occupée. "Sa fille, Evelyne, vivait à Marseille, et elle écrivait parfois que tout allait bien, qu'elle allait venir, qu'elle arriverait dans trois jours. Mais, chaque fois, Blanche attendait en vain. C'était étrange, tout de même, cette manière qu'avaient les enfants de se détacher de leurs parents, aussi soudainement, aussi totalement que les fruits de leur arbre..."
Son cahier lui sert de tierce personne : "elle y racontait sa vie, persuadée qu'un jour quelqu'un lirait ces lignes, qu'il n'était pas possible qu'une vie comme la sienne demeurât secrète, méconnue. Il ne s'agissait pas d'orgueil, non. Il s'agissait d'exister encore, de ne pas se laisser mourir, de faire confiance au peu de vie auquel elle avait droit, sans déranger personne. Ce soir aussi, elle allait écrire. Un peu. Un tout petit peu, parce que les étoiles brillaient trop au-dessus de la montagne. Et que c'étaient les mêmes qu'elle regardait avec Julien, les soirs d'été, avant le grand malheur"
En fait, elle a eu une vie très particulière qui fait qu'elle est revenue dans le Vercors pour retrouver son premier amour. Il est mort, mais il semble vivre par des mots qui lui viennent, le vent fort du printemps qui revient toujours, comme il disait.
Lui, elle le sait, il l'attend dans un endroit ou rien n'est problème.
C'est peut-être ce côté-là qui m'a parlé sans que j'en ai eu conscience lors de l'achat. Des voix l'ont guidée, l'ont sauvée dans des circonstances terribles.
C'est vrai, il y a un mystère. Je n'aurais jamais imaginé... tout ça. J'ai bien apprécié cette femme. Et le Vercors autour.
L'école. Les tables de classe et les bancs. L'odeur de la craie. L'odeur de l'encre quand on les verse dans les petits encriers des tables. Le ronflement du vieux poêle. Des détails que les moins de... ne peuvent pas connaître. Moi, oui.
* Quatrième de couverture : Christian Signol "Cette vie ou celle d'après"
C'est dans les solitudes du Vercors, son pays natal, que Blanche a décidé de se retirer. Quarante ans auparavant, elle s'était pourtant juré de n'y jamais revenir...
Blanche était institutrice. Un beau métier, choisi dès l'enfance et conquis de haute lutte par une petite fille devenue orpheline à quatorze ans. Peu avant la guerre, elle avait rencontré Julien, un charbonnier illettré. Jour après jour, elle lui avait appris l'écriture et donné le goût des livres. Il lui avait appris à aimer. Quand la guerre avait éclaté, ils avaient rejoint la Résistance et leurs destins s'étaient scellés à jamais.
Mais le cœur de Blanche n'a jamais cessé d'espérer : ce qui n'a pu s'accomplir dans cette vie ne pourrait-il se réaliser dans celle d'après ?
Histoire d'une vie, inoubliable portrait de femme, ce livre nostalgique et grave, auquel la langue forte et vraie de Christian Signol donne toute sa tragique beauté, est aussi le plus bouleversant des romans d'amour.
13:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : livre, lecture, psychologie, fin de vie









