18.09.2007
Louise dans la cour d'école en 46-47
Il y a beaucoup à lire, mais je ne résiste pas. Ce n'est pas parfait, mais j'aime bien.
C’est sûr, à la rentrée, Louise entre à la grande école. Déjà au cours de l’année 46 elle apprenait à lire l’alphabet dans ce vieux livre qui exista longtemps, - et même encore aujourd’hui pour les nostalgiques de la bonne vieille méthode - et le soir, elle demandait à Maman ce que voulaient dire les pages suivantes. Elle eut tôt fait de savoir lire.
Nouvelle école, première vraie maîtresse, une petite femme claudicante, une célibataire. Le cours préparatoire se passe dans une vieille classe traditionnelle, les lourds pupitres avec deux trous et deux encriers, le tableau noir au mur avec des pointes pour y placer les cartes planisphères, l’estrade et le bureau de la maîtresse, l’odeur de la craie et de l’encre, les porte-plume, les cahiers.
L’hiver, le vieux poêle ronflait comme un ours en hibernation. Sur le poêle une bouilloire pour le thé, une manie de Mademoiselle Quemener. L’odeur du thé accompagna souvent les devoirs des fillettes de préparatoire. Louise n’eut pas de mal à briller, les premiers temps, puis elle se fit rattraper un peu par quelques autres, ce qui fit qu’elle trouva plus compliqué le cours élémentaire 1ère année, l’année suivante.
Mais bon, on est là. On aborde Noël de manière agréable à l’école, la maîtresse amène une branche de sapin et la décore pour la joie des enfants. Les élèves auront des bonbons et parfois de la brioche. C’était l’apprentissage des plaisirs simples de l’existence.
Les bons points chaque semaine qui donnaient droit à la croix d’honneur stimulaient Louise, et sa vie s’écoulait dans un bonheur tranquille. Les parents allaient bien, les sœurs aussi, que demander de plus à la vie ?
L’hiver, les deux sœurs eurent des bonnets rigolos en laine avec des oreilles de chat. Ça faisait craquer les adultes qui les trouvaient mignonnes ainsi équipées, avec leur manteau d’hiver et les moufles de la même couleur que le bonnet. Un détail qui a son importance, les chaussures étaient appelées galoches, mi-chaussures, mi-sabots. Mais c’était joli.
Dans la cour, il y a des grandes, des vieilles. Certaines se moquent des petites préparatoires avec leurs airs de bébés.
– Les bonnes joues rondes ! Clame l’une en pinçant fortement à deux mains les joues de Louise qui rougit pour toutes sortes de raisons. L’émotion, le pincement féroce sur ses joues, et la rage. Elles rient voyant l’air consterné de Louise qui peste intérieurement. Un jour elle sera grande. On ne lui fera plus ce genre de vexation.
Ce qu’elle ne sait pas c’est qu’il y a toute une palette de méchancetés en tous genres dans l’artillerie humaine.
Elle grandira, certes, mais elle ne saura jamais lutter contre l’attaque que par la fuite. Elle n’aura jamais le courage ou l’intelligence de se frotter à la bêtise. Mais, est-ce vraiment de l’intelligence ? L’intelligence ne se situe-t-elle pas dans une fuite honorable ? Grandes questions qui trouvent des solutions diverses selon la philosophie adoptée par l’individu. Philosophie chrétienne (si on peut dire philosophie) consistant à donner la moitié de son manteau ou à tendre l’autre joue, ou philosophie chinoise qui prône la non-violence, le non-désir et le fait que rien n’est acquis – la façon de voir les choses transforme le mal en bien.
Mais, pour la petite il y aura des moments où il faut agir pour se faire entendre et d’autres où il faut se résigner et devenir sage par l’acceptation de l’inévitable.
Peu à peu, dans la cour, les choses évoluent : les petites CP se renforcent (avec, parfois, la protection des grandes sœurs) et les méchantes ont d’autres choses à faire que d’embêter les toutes petites. En effet, l’école des garçons est tout à côté, séparée par un mur pas très insurmontable, et il y a mille et une manières de lorgner dans la cour des garçons. Une bonne occupation pour les grandes.
Pour les petites il y a une famille à se faire, les filles avec lesquelles on joue à la marelle, et celles avec qui on fera de la corde à sauter en chantant les comptines qui régleront leur vie jusqu’au secondaire. Louise opta pour la corde et les chansons à sauter.
L’énergie déployée dans une cour d’école est incommensurable. Elle pourrait illuminer la ville, faire tourner les moulins, moudre le café du matin tout seul et pourquoi pas monter les blancs en neige. Personne n’a idée de ce que ça pourrait faire cette énergie dépensée dans l’enceinte d’une école primaire.
Autrefois, les enfants travaillaient très jeunes pour améliorer la vie de la famille qui était très pauvre et ça n’a fait que des vieux précoces au dos cassé et à la santé précaire. Mieux vaut ne pas y songer. L’énergie inutile des enfants dans une cour fait du bien à ceux qui passent, par toute leur joyeuseté communicative qui élève l’âme ainsi que le chant d’un oiseau par un jour triste et pluvieux.
22:05 Publié dans souvenirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vielle école, Brest, enfants
26.09.2006
Ma souche brestoise
Mes grand-parents ont travaillé aux Halles de Recouvrance avant la guerre.
Je suis fortement attachée à Brest parce que j'y suis arrivée alors que j'avais trois ans. Mes parents étaient nés à Brest, mes soeurs sont toutes nées à Brest, mes enfants sont nés à Brest. Sauf moi. A cause de la guerre. 39-45, je précise.
Brest avait été libérée en septembre 1944 et mes parents avaient pu y revenir. Avec ma soeur, et un bébé en plus.
à suivre...
13:20 Publié dans souvenirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : famille, Recouvrance, guerre







